Il s’était extirpé des gravats sans trop de mal, mais pas LE BOSS. LE BOSS était encore loin en dessous. De ses tentacules, il commença à procéder à l’évacuation des éboulis sous lesquels LE BOSS était enseveli. Ce faisant, il essayait de ne pas trop penser aux FRÈRES. LES FRÈRES étaient presque tous dans LA MORT. Mais ce n’était pas si grave, car LE PÈRE s’occuperait d’eux. Il aimait LE PÈRE, et il avait confiance en lui.

Ce que LES FRÈRES avaient perdu, LE PÈRE pouvait le leur rendre, grâce à ce qui lui restait de LA MAGIE. Mais pas LE BOSS. Lui, il était BIPÈDE. Et aussi puissant que soit LE PÈRE, LE PÈRE ne pourrait rien pour lui. Il fallait faire vite. Il fallait empêcher LA MORT.

Pendant qu’il déblayait les rochers, il eut une pensée pour LE POTE et LA VOIX. Ils étaient partis au moment où la catastrophe était survenue, et il en était soulagé. LE POTE lui avait donné UN NOM, il aurait détesté qu’il lui arrive quoi que ce soit. Après LE PÈRE, c’était sans doute LE POTE qui comptait le plus à ses yeux. Mais pour l’instant, il fallait qu’il se concentre sur ses priorités. Il appela à plusieurs reprises, jusqu’à ce que LE BOSS lui parvienne de très loin.

— Suis en dessous. Peux pas bouger. Et je crois que ma jambe est en pièces. Il va falloir que tu m’aides à sortir de là.

— Bork ! avait-il acquiescé en redoublant d’efforts.

Alors qu’il mettait tout son cœur à libérer LE BOSS de sa prison de pierre, il réfléchissait à ce qui avait bien pu arriver à LA FILLE. Ça s’était passé pendant la fête. Il adorait la fête. Mais avant ça, LA FILLE avait frappé LE POTE qui était tombé par terre et regardait LA FILLE d’un air ahuri. Ensuite, LE PÈRE avait rigolé, puis il avait commencé LA MAGIE.

LE PÈRE avait alors mis un tentacule sur la tête de LA FILLE, puis sur celle du POTE avant de leur dire des trucs du genre :

Bon, ça va piquer un petit peu mais essayez de ne pas trop gigoter, si vous enlevez le périphérique sans le déconnecter en toute sécurité, on doit tout reprendre de zéro et c’est chiant.

— Entendu ! avait répondu LA FILLE.

— Bien compris ! avait dit LE POTE.

Il avait alors espéré que des trucs rigolos se produisent, mais LES AMIS étaient simplement restés accrochés au PÈRE pendant un long moment. Du coup il avait fait une petite sieste durant laquelle il avait rêvé, mais il n’avait pas trop compris de quoi. Il savait juste que dans ce rêve il était différent, et il y entendait quelqu’un qui l’appelait par son NOM.

Ça se passait ailleurs. Là où il y avait LA COULEUR. Et pour une fois, il n’en avait pas peur, non, il avait même trouvé ça joli. Il y avait une petite prairie PAS ROUGE, avec de l’eau sur le sol qui coulait. Le ciel était PAS ROUGE aussi, et il y avait des arbres qui étaient PAS ROUGE comme la prairie, mais pas tout à fait PAS ROUGE comme le ciel. Il avait couru pour rejoindre la voix qui l’appelait, mais il n’avait pas pu dire à qui elle appartenait. Ce n’était aucun des AMIS, de ça, il en était certain, mais il ressentait de l’affection pour cette voix. Il savait juste qu’il aurait tout donné pour protéger la personne à qui elle appartenait.

C’était un bon rêve. Pas comme il en avait parfois depuis que LE ROUGE avait trahi LE BOSS et LE SAGE. Pas comme ceux des jours où il craignait que le TRÈS MÉCHANT et LE ROUGE viennent tuer LE PÈRE.

Lorsqu’il s’était réveillé, il avait vu que LES AMIS étaient tombés à quatre pattes. LES AMIS étaient à bout de souffle, comme quand on court et qu’on est fatigué après avoir attaqué les BESTIOLES pour le repas. Puis il avait regardé LE PÈRE et avait vu qu’il avait l’air satisfait. Il avait ensuite jeté un coup d’œil sur la droite et avait vu que LE BOSS et LA VOIX discutaient entre eux. Il n’aimait pas déranger LE BOSS. LE BOSS n’était pas si méchant, mais ce n’était pas une bonne idée de l’embêter quand il parlait, surtout quand c’était avec LA VOIX.

Voyant qu’il avait dégagé une bonne partie des rochers, il recula pour estimer l’étendue du travail qu’il lui restait à fournir. Il avait encore du boulot avant de libérer LE BOSS, mais il voyait que ça avançait bien, ce qui lui donna le courage de continuer. Il avait l’espoir que LE PÈRE pourrait réveiller LES FRÈRES à temps pour lui filer un petit coup de tentacule quand ça deviendrait trop difficile. Sans perdre un instant, il se remit à la tâche. Les BIPÈDES étaient très fragiles, et sans LA VOIX, LE BOSS n’était rien de plus que l’un d’entre eux. Mais quelque chose n’allait pas, il était inquiet pour LA FILLE qui n’avait pas donné signe de vie depuis LA BAGARRE.

Pourtant, LA FILLE avait reçu LA MAGIE. Il l’avait vue l’utiliser après la cérémonie. LA FILLE avait reçu les mêmes pouvoirs que LE SAGE, ce qui la rendait capable de créer des choses, et il se rappelait qu’elle s’était immédiatement montrée très douée. LA FILLE avait d’abord fait de la peinture dans l’air pour créer des petites bulles qui flottaient et il avait trouvé ça plutôt marrant. Puis, pour lui faire plaisir, LA FILLE avait peint des petites créatures volantes qu’il s’était amusé à chasser. Ça aurait été encore plus rigolo s’il avait pu les manger, mais il se rappelait que du temps du SAGE, les créatures de peinture goûtaient LE ZBRODJ, ce qui l’avait découragé de s’y essayer une nouvelle fois.

Pour LE POTE, ça avait été plus compliqué. LE PÈRE lui avait donné toute la connaissance pour écrire dans l’air mais il n’avait pas l’air assez concentré. Il écrivait très mal LE LANGAGE. Ça avait probablement un rapport avec sa dispute avec LA FILLE. Il n’avait pas trop compris pourquoi ils s’étaient chamaillés mais il avait l’impression que c’était assez grave. Quand on est un FRÈRE, on se dispute souvent aussi, surtout pour avoir LES SŒURS, mais après LA BAGARRE, tout le monde redevient DES AMIS. Mais pas ici, et ça le perturbait énormément.

Il savait que LE LANGAGE était difficile à assimiler, et il aurait bien voulu l’aider, mais la barrière de communication entre eux était telle qu’il avait peur d’embrouiller LE POTE encore davantage. Alors il s’était contenté de l’encourager en se tenant derrière lui, tout en pointant du tentacule les fautes flagrantes que LE POTE faisait.

Au bout d’un moment, ça avait porté ses fruits, et LE POTE avait été capable d’écrire LE LANGAGE correctement. L’instant d’après, LE BOSS avait trébuché et était tombé face contre terre, ce qui avait été particulièrement rigolo. Par contre, il n’avait pas compris pourquoi, après coup, LE POTE avait fait semblant qu’il ne s’était rien passé. Si ça avait été lui, il aurait sauté partout pour montrer avec fierté ce dont il avait été capable. Mais après tout, il n’en aimait que davantage LE POTE pour cette marque d’humilité.

C’est alors que LE PÈRE avait dit ce qu’il voulait que LES AMIS fassent. Il avait encore toute la discussion en tête :

Bon, ouvrez bien les écoutilles. J’ai plus trop de mojo là, le réservoir est à sec. Si je vais pas me pieuter un peu, je vais finir par caner. Y’a deux urgences.

— On t’écoute ! avaient dit LA FILLE et LE POTE en même temps.

Il avait remarqué que LES AMIS avaient échangé un regard amusé avant de se détourner l’un de l’autre d’un air gêné. Même lui pouvait sentir à quel point la situation était tendue entre LES AMIS. Mais LE PÈRE ne semblait pas y attacher d’importance.

La première, c’est de dégommer un maximum de Hvroks. Pour ça j’aurai besoin de Garic et de la capacité de Lonnie à improviser les solutions. C’est la condition sine qua non pour que la seconde fonctionne efficacement.

— Quelle est la seconde ? avait demandé LA FILLE.

— La seconde, c’est de faire réparer le bouquin qui est chez toi. J’en ai déjà causé avec Jimmy pendant que tu faisais des bubulles, et il s’est porté volontaire pour cette mission.

LE POTE avait hoché la tête en silence, ce qui avait eu l’air d’énerver LA FILLE.

— Pourquoi le livre ? qu’elle avait demandé au POTE.

— Ce n’est pas juste un bouquin. De ce qu’il dit, R’Jah tout entier est entassé dedans.

— Tu es en train de me dire qu’on est dans le bouquin ?

— Tout juste. Les trous qui sont en fin de volume sont causés par les Hvroks. C’est ce que nous devons réparer.

— Comment est-il seulement possible de créer tout un univers à partir d’un livre ?

TGCM. Skülvvh m’a envoyé chier quand je lui ai demandé. Mais de ce que j’ai compris, il a lui-même un créateur et il n’a pas l’air de beaucoup l’apprécier.

Bien vu l’aveugle.

— Laissons ça de côté pour un instant. Vous voulez dire que même si les trous sont faits depuis l’intérieur du livre, on peut le réparer par l’extérieur et ça réglera le problème ici ?

Si Bélos était encore en vie, il pourrait réparer d’ici, mais c’est au-delà de mes forces. Jimmy a dit qu’il connaissait des spécialistes dans la restauration de vieux livres, sur votre terre. C’est là que je vais l’envoyer.

— James, tu aurais pu m’en parler, non ?! D’ailleurs, pendant qu’on y est : bravo pour avoir feuilleté le livre en cachette et avoir oublié de me le dire, ça a failli faire foirer la connexion.

— Je sais, mais j’avais d’autres secrets plus importants à révéler d’abord, et puis c’est pas comme si tu m’avais laissé finir ! avait répondu LE POTE.

— Tu parles de l’histoire de la vision du poignard avec James #1 ? Ne t’inquiète pas pour ça, ça devait être un truc métaphorique. D’ailleurs je le sens encore entre mes omoplates.

— Je voulais comprendre avant de t’alarmer et tu le sais très bien, mais si tu peux vraiment pas t’en passer, cogne-moi encore un coup. Après tout, j’ai senti que tu avais apprécié.

— Tu l’as pas volé.

— Je l’admets. Et je te laisserais bien recommencer si ça pouvait tout arranger, mais quelque chose me dit que ce ne sera pas aussi simple…

— Je ne sais pas si on peut encore arranger quoi que ce soit, James. On a un beau gâchis sur les bras.

— Lonnie, ce n’était pas une connexion à sens unique. Tu sais exactement comment on en est arrivés là, et tu sais aussi parfaitement que je ne pensais pas à mal.

— Entre ce que mon cerveau comprend, et ce que mon cœur ressent, il y a un monde de différence en ce moment.

— Je sais, je m’en suis rendu compte. Mais toi aussi, tu as vu en moi, et tu sais ce que j’éprouve à présent. Tu as senti ma culpabilité et ma honte. Mes regrets de t’avoir blessée. Tu ne peux pas prendre uniquement ce qui t’arrange et ignorer le reste.

— Comme tu l’as fait avec notre relation, tu veux dire ?

— Purée Lonnie, je…

Vos gueules deux secondes, les noobs. Je viens de vous dire que j’étais claqué !

— Désolés ! avaient répondu LES AMIS à l’unisson, ce qui donna l’impression de les agacer encore plus.

Avec un bouquin entier, on peut commencer à reconstruire . La mission suivante sera de retrouver le corps de Bélos. Sa magie doit être encore à l’intérieur.

— Celui qui maintenait la physique de R’Jah ? avait demandé LA FILLE.

Ouais. Si je m’en empare, je peux non seulement garder ce monde en vie easy peasy piece of cake, mais peut-être aussi y ramener un peu d’ordre. Comme ça on arrêtera peut-être de mettre 4 bzabbs pour aller aux chiottes à 20 mètres, ça nous fera des vacances.

— Je comprends. Et puis on débusquera Arthur plus facilement aussi. Même si j’ignore encore pourquoi tu veux le capturer.

Si on extirpe la magie de Derleth de ce couillon, je serai tout puissant, et surtout je serai en mesure de rebooter tout ce bordel. Fin du game, la foule est en délire, Jean-Michel Masqué l’a dans le cul, et on retourne tous faire littéralement n’importe quoi d’autre.

— Mais l’autre moitié de la magie de Derleth était dans Bon-Papa, non ? Sauf si tu l’as déjà… euh… reprise.

— MDR. Owen est pas con au point de crever avec. T’inquiète, je gère.

LA FILLE avait grimacé quand LE PÈRE avait fait cette déclaration, mais il n’avait pas trop compris pourquoi. C’est vrai que LE SAGE était sympa mais à choisir il avait toujours préféré BRIKABORK.

— Bon, si c’est pigé, j’me casse. Bonne bourre.

Une fois LE PÈRE parti, LE BOSS s’était alors avancé vers LES AMIS et leur avait parlé.

— On en a beaucoup discuté, et Angra a décidé qu’elle voulait accompagner le gamin sur terre.

— Moi je veux bien, mais est-ce seulement possible ? avait demandé LE POTE.

— C’est possible, si Léonore lui dessine un corps.

[ Et puis j’ai toujours voulu voir à quoi ça ressemblait de nos jours ! ]

— Mais je pensais que tout ce que je créais était temporaire ?

— Pas dans le cas d’un corps habité par un être magique de ce niveau. Il serait abreuvé en permanence par son pouvoir et ne se détériorerait pas.

[ Et du jus, j’en ai à revendre, je le régénérerai d’ailleurs plus vite que je ne le perdrai. En plus, ça me tente bien de me tenir sur des jambes à nouveau. Et de m’habiller ! Puis il me faudra manger, et boire, pas vrai ? ]

— Euh, ne t’emballe pas trop Angra, je ne sais pas si je parviendrai à te dessiner quelque chose qui te plaît.

[ Comment me dessines-tu dans ton livre ? Fais pareil, ça devrait coller. ]

LA FILLE avait alors dessiné un corps pour LA VOIX, et LA VOIX avait aimé le résultat. Là encore il ne voyait pas pourquoi, car cette créature n’avait que deux yeux alors que ses propres critères de beauté féminine lui interdisaient de s’intéresser à une femelle en possédant moins de quatre. Il fut alors plus conscient que jamais de ne pas tout comprendre à la culture BIPÈDE.

[ Il me faudra aussi un prénom, qu’est-ce que tu penses de Angie ? ]

— Si ça te fait plaisir, avait répondu LE POTE.

[ Yay ! ] avait répondu LA VOIX qui semblait pour une fois de bonne humeur.

Devant l’absence d’enthousiasme du POTE, il s’était alors dit que LE POTE devait être jaloux de ne pas avoir pu faire pour LA VOIX ce qu’il faisait incontestablement le mieux : donner UN NOM.

Après ça, LE PÈRE était allé dormir et la fête avait commencé. Puis LE ROUGE s’était invité et les choses avaient dégénéré…

Il déblayait à présent en pilote automatique. Aussi épuisé qu’il soit, il ne pouvait se résoudre à abandonner LE BOSS. Jusqu’à présent, il s’était permis un « Bork » régulier afin de s’assurer que LE BOSS était toujours en vie, et celui-ci lui avait systématiquement répondu. Mais LE BOSS n’avait pas réagi la dernière fois. Cela voulait dire que le temps pressait et que LA MORT arrivait. Toujours pas de trace de LA FILLE en revanche. Et c’était là un très mauvais signe.

C’est alors que le fier BRIKABORK apparut derrière lui et commença à l’aider dans sa tâche. Ensuite, c’est un autre FRÈRE qui s’était joint à eux. Puis un autre. Et le travail alla de plus en plus vite. LES FRÈRES furent bientôt près d’une trentaine à jouer des tentacules pour dégager LE BOSS sous les regards admiratifs des SŒURS. LE PÈRE avait donc réussi à leur éviter LA MORT. Et il pensa que c’était une bonne chose.

Un instant plus tard, il vit la main du BOSS dépasser, puis il aperçut son bras. Peu après, il fut en mesure d’attraper son corps tout entier pour l’extirper du tombeau improvisé par LE ROUGE.

Il souleva délicatement LE BOSS qui bougeait encore malgré tout le sang et les innombrables plaies sur son corps. Hurlant de douleur malgré la douceur de l’intervention, LE BOSS trouva la force de pointer du doigt LA FILLE qui avait été coincée en dessous de lui.

— Elle…elle a dessiné un bouclier… pour nous protéger. Elle m’a sauvé… juste un peu trop lente.

Il regarda d’abord LA FILLE, puis LE BOSS. Et continua de s’occuper du BOSS.

— NON IMBÉCILE ! Elle d’abord ! Elle n’a pas dit un mot depuis tout à l’heure !!

Mais il continua. C’était triste, mais c’était la seule chose à faire.

LA FILLE ne bougeait plus du tout.

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Un commentaire

  1. :'( autre angle, putain. Tu nous rattrapes à la fin alors qu’on est en plein délire, et qu’on attend que débarque Adams en déguisement Cthulhu à plumes roses, ben non… elle bouge plus…

Psalmodiez pour la gloire de Skülvvh

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